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Les métiers ancrés dans le réel résisteront mieux à l’intelligence artificielle

Rupture dans le monde de l’emploi L’IA générative risque de faire disparaître de nombreux postes de travail dans les bureaux ces prochaines années. Tour d’horizon de cinq métiers qui ne sont pas menacés par ce tsunami et nos tuyaux pour bien se former.

Nicolas Pinguely  Textes

Quels emplois pour demain avec l’émergence de l’intelligence artificielle (IA)? Nombreux sont les parents qui s’inquiètent pour leur progéniture. À cet égard, un rapport de Citrini Research intitulé «La crise globale de l’intelligence de 2028» n’est pas rassurant. De nombreux jobs devraient disparaître.

Le scénario du groupe de recherche new-yorkais est même effrayant. En 2028, l’IA dope la productivité mais détruit massivement des emplois de bureau (commerciaux, analystes, juristes, administratifs). Licenciements, austérité et chute de la demande pourraient enclencher une spirale récessionniste de type de celle de 2008. La classe moyenne vacillerait. Pour un job créé, des dizaines disparaîtraient. Les marchés financiers fléchiraient. Des cadres déclassés deviendraient chauffeurs ou coursiers… avant d’être remplacés par des robots. Faut-il craindre que l’intelligence artificielle balaie des pans entiers de l’emploi en Suisse? Certains métiers devraient résister, notamment ceux ancrés dans le réel. À cet égard, les Hautes Écoles spécialisées (HES) se retrouvent en première ligne. «Toutes nos filières sont professionnalisantes, confie Richard-Emmanuel Eastes, responsable du service d’appui au développement académique et pédagogique des HES. Et nous menons une vraie réflexion sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, ce qui est indispensable pour anticiper l’évolution des métiers.» Conséquence directe, 95% des diplômés d’une HES trouvent un travail dans l’année suivant la fin des études. Tour d’horizon de cinq professions porteuses et des formations pour y accéder.

1 Infirmière et infirmier

Dans la santé, l’IA peut aider à surveiller des constantes ou anticiper des risques. Mais au chevet du patient, rien ne remplacera l’écoute, l’évaluation clinique et la capacité à coordonner les équipes. «Les besoins en soins infirmiers et en personnel soignant ne vont pas disparaître», confie Bénédicte Brochu, coach de carrière. Entre séjours hospitaliers plus courts, soins à domicile et population vieillissante, les responsabilités s’accroissent: éducation thérapeutique, gestion de la douleur, coordination interprofessionnelle, prévention, santé mentale. «L’infirmier ou l’infirmière verra sa capacité d’analyse augmentée grâce à l’IA et ses compétences se rapprocher de celles réservées aujourd’hui aux médecins», estime Richard-Emmanuel Eastes, qui ajoute que d’autres professions de santé, telles que les physiothérapeutes ou les sages-femmes, vont aussi résister: «Aucun robot ne pourra les remplacer.» La formation en Haute École spécialisée (HES) en soins infirmiers prépare à ces défis: bachelor en trois ans, sciences appliquées, simulation clinique, nombreux stages et travail de bachelor. Admissions typiques: maturité professionnelle ou gymnasiale (avec passerelle), ou CFC d’assistant en soins.

«L’IA optimise les prix, mais elle ne remplacera jamais l’hospitalité et la culture de l’accueil que demande la clientèle hôtelière en Europe.»

«L’IA optimise les prix, mais elle ne remplacera jamais l’hospitalité et la culture de l’accueil que demande la clientèle hôtelière en Europe.»

2 Éducateur en travail social

L’IA générative peut classer des dossiers et analyser des cas. Mais elle ne bâtit pas une relation de confiance avec un adolescent en rupture ou une famille en crise. En institution, foyer, centre de jour ou milieu ouvert, l’éducateur donne un cadre sécurisant, soutient l’autonomie, gère des situations complexes. «Ce sont là des professions où le contact humain demeurera indispensable et ne pourra pas être remplacé par l’IA», explique Bénédicte Brochu. La formation HES en travail social, orientation éducation sociale, conduit à un bachelor alliant sciences humaines appliquées, droit, méthodologies d’intervention, ateliers pratiques et stages substantiels. Les débouchés? Le monde du handicap, les ados, l’addiction ou encore le milieu de l’insertion sociale.

3 Ingénieur civil

Concevoir un pont, rénover un réseau d’eau, sécuriser un versant de montagne: les ingénieurs civils sont essentiels. L’intelligence artificielle va les aider au quotidien pour les calculs et les modélisations. Mais la validation des plans, la gestion des coûts et des délais, le dialogue avec les maîtres d’ouvrage et les entreprise Les débouchés sont attrayants: bureaux d’ingénieurs, administrations, services industriels du ressort de l’humain. «Il n’y a guère de risques que beaucoup de choses s’automatisent dans ce domaine», indique Richard-Emmanuel Eastes. Selon lui, les métiers d’ingénieur chimiste ou en système industriel sont également assez protégés. Le bachelor HES en génie civil privilégie l’approche pratique: étude des matériaux, de l’hydraulique, de la géotechnique, économie de la construction, avec des projets concrets et des semestres en entreprise.

4 Ingénieur en technique des bâtiments

La Suisse doit rénover massivement son parc immobilier pour réduire ses émissions de CO2 et sa consommation d’énergies fossiles. Cela nécessite des compétences humaines et un haut degré de responsabilité. Les ingénieurs en technique des bâtiments demeureront en première ligne pour intégrer le photovoltaïque ou les pompes à chaleur et passer au crible l’efficacité énergétique des bâtiments. Et ce, même si l’IA va les soutenir pour les calculs et les modélisations. «Ces ingénieurs seront meilleurs grâce à l’IA, qui va leur permettre d’augmenter leurs compétences», assure Richard-Emmanuel Eastes. Mais ces métiers sont clairement ancrés dans le réel: diagnostiquer, coordonner artisans et bureaux d’études, arbitrer coûts et délais, gérer l’imprévu. «Leur expertise restera irremplaçable», souligne-t-il. Il existe un bachelor HES: bachelors en technique du bâtiment, énergie et techniques environnementales. Au programme, on trouve la physique des bâtiments, l’électricité, l’efficacité énergétique ou encore la planification de chantiers, avec des projets appliqués et des stages sur le terrain. Les débouchés sont multiples: bureaux d’ingénierie, entreprises de construction, exploitants immobiliers, collectivités publiques, services industriels.

5 Responsable en hôtellerie et tourisme

«L’IA optimise les prix, mais elle ne remplacera jamais l’hospitalité et la culture de l’accueil que demande la clientèle hôtelière en Europe», résume Richard-Emmanuel Eastes. Si réserver une chambre se fait en ligne, organiser un voyage de luxe, fidéliser une clientèle, gérer une équipe multiculturelle ou s’occuper d’équipes dans la restauration exigera toujours un savoir-faire humain. En Suisse, les besoins sont nombreux en la matière. Que ce soit pour le tourisme de montagne, le marché du bien-être ou celui des affaires. Il existe des formations HES en économie orientées vers l’hôtellerie et le tourisme. Au programme: management, marketing, finances, développement durable, gestion de crise, le tout avec des stages en Suisse et à l’étranger. Les débouchés sont nombreux: l’hôtellerie, le monde de l’événementiel, des loisirs et du tourisme.

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